En repoussant le point final est un recueil écrit par Bernard Louis Lallement en 2014.

Il constitue un volume de 142.958 caractères (espaces compris), soit 110 pages A 4.

 

Où trouver ce recueil ?

En repoussant le point final est pour l'instant inédit.

Deux textes tirés de ce recueil on été publiés dans la revue Europe (Numéro 1041-1042, de janvier-février 2016.)

Un certain nombre de textes entrent dans la composition de Paris au ciel et au bord de la mer.

 

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PRÉSENTATION

Ce texte de présentation du recueil En repoussant le point final, écrit par Michel Soubiran, correspond à une disposition antérieure, qui combinait le texte du recueil Télescopage (Fantôme pour deux) avec celui du recueil En repoussant le point final.)

 

Télescopage ou la Passion selon Bernard-Louis Lallement.

Télescopage, c’est un journal intime, une prière,  une épopée poétique. Ou, si l’on préfère : le journal d’un fou, un tableau retrouvé de Jérôme Bosch, un rouleau d’Haïku calligraphiés, le testament aphoristique d’un poète assassiné.

L’ouvrage est fulgurant, violent, vibrant.  Et  d’une  virtuosité  somnambulique.

« Télescopage » est un « recueil » dans tous les sens du terme. Un homme tente de rassembler, de « recueillir », les éclats épars encore coupants d’une histoire d’amour et de mort. Il se recueille pour ne pas céder à la tentation. Et choisit dans le corpus de l’œuvre complète les « morceaux » les plus pertinents, les plus brûlants, pour sanctifier ce qui le hante.

Comme les assemblages du Sol-double, Télescopage monte en miroir les fragments d’un « roman » et les extraits d’un journal intime.

Le roman s’intitule « En repoussant le point final ». C’est un roman de guerre qui raconte la résistance héroïque de la poésie contre les voies prosaïques du silence : le commerce, le divertissement, la mort.

Le journal est celui que BLL a rédigé, nuit après nuit, insomnie sur insomnie, entre le 15 décembre 2011 et le 18 mars 2014.

Dans cet univers sous haute tension, les miroirs déchirent, les sols craquelés expulsent des cristaux de romans noirs,  des perles d’histoire d’amour, des granits de prières pathétiques. Et l’écriture résiste. Elle résiste au-delà de ce que l’ennemi peut concevoir. Elle trouve des étais dans la mystique chrétienne et la philosophie stoïcienne. C’est, disons,  sa voie romaine.

Mais c’est moins, à mon sens, de ses lumières que de ses ombres que l’écriture se soutient. (En fait, c’est l’envers des choses qui passionne BLL.) :

Le journal intime de BLL, en effet,  a été « squatté »par une femme. On pourrait sans doute mettre bien des prénoms sur cette ombre : Thérèse, Jeanne, Suzanne, Aédé, Mélété, Mnémé, Ariane … Une sainte, une mère, une muse, une amante ?

Ou bien sans la nommer, y reconnaître, ombre d’ombres, la chaîne de salut que toutes ces figures féminines forment dans le labyrinthe à l’approche du Minotaure ?

(Michel Soubiran. 27 juin 2015.)

 

EXTRAIT DU RECUEIL EN REPOUSSANT LE POINT FINAL

 « Mais vous n’avez rien à dire ! Vous écrivez pour écrire. Simplement pour noircir du papier. Comme si vous étiez payé à la page ! » Que répondre à cela ? J’avais épuisé toutes mes voix. Le monde m’oppressait, je m’ennuyais. Je n’avais rien à faire, et cela m’amusait d’écrire, sans projet véritable, effectivement. « Juste pour voir où cela me mènerait. » De là à composer une histoire, j’en étais bien incapable. Je m’en rendais parfaitement compte. Les mots appellent les mots. Et j’ai engrangé tant de savoir, depuis des années, qu’il suffit de m’effleurer la peau pour que le pétrole en jaillisse. Les images répondent aux images, aussi. Il est mûr, le gros citron. Alors, donne !

On ne t’attend pas. Tant pis ! Tu agaces par ton insistance. J’écrirai comme si j’étais seul au monde. Comme si la planète allait se désagréger au moment où j’allais apposer le point final de mon livre, comme si ce geste ponctuel (au sens propre du terme) coïncidait exactement avec la percussion fatale d’une météorite géante avec notre grande dame bleue. La bonne affaire ! Il me serait donné, à moi, pauvre peigne-cul, de clore ainsi l’histoire du Monde – sans m’en rendre compte vraiment. Quelle responsabilité ! Qu’importent les hypothétiques lecteurs de cette œuvre qui ne pourra jamais être publiée ! Mais qu’elle dure ! Nous voulons vivre, imaginer, créer et écrire, justement ! La gloire est dans l’instant. Je me vois écrivant et je suis des millions de lecteurs. On s’arrache mes yeux. Je peux inventer des mots. Chaque point est la préfiguration du point final, ce boulet parti du bout de l’espace avant que nos ancêtres eussent inventé le premier système d’écriture. De tous temps, je devais naître et apprendre (douloureusement) à écrire – à l’école du Jardin Parisien – alors que mes parents se déchiraient et que je devais m’inventer un sol au jour le jour, selon les circonstances. Me voilà catapulté, moi-aussi. Ma destinée était toute tracée dans l’espace interstellaire. Tous les haricots que j’ai mangés, digérés, déféqués, à l’ombre de la pile ZOÉ, « au bagne » (à Saint-Nicolas d’Igny) et dans tous les lieux où j’ai vécu. Tous les cauchemars que j’ai pu faire. Tous les regards de haine, d’indifférence ou de mépris que j’ai dû encaisser. Ces sacs, ces baluchons, laissés dans des gares en attendant des correspondances. Je ne dresserai pas la liste de tous les livres que j’ai possédés, jusqu’à ce dernier que j’ai acheté, il y a une semaine, au « vrac-à-tout » du marché en face. Pas de description. Tous ces segments, toutes ces années-lumière. Je ne me savais pas « responsable du monde ». Poursuis ton histoire, mon petit Jonas. Ne t’arrête pas, ne t’arrêtes pas, surtout ! Je t’apporterai des baleines, je t’achèterai des rames de papier. Nous nous ferons livrer tous les jours. Nous mettrons un mot sur la porte : « MERCI DE SONNER 8 FOIS ! » Et ils viendront, et ils monteront l’escalier. Les neuro-psychiatres te cuisineront du poisson gras, comme si tu passais un examen le lendemain. Nous ventilerons régulièrement ta ruche. Si le Journal Télévisé t’agace, nous irons porter le poste récepteur de télévision aux Emmaüs, avec notre vieille voiture déglinguée. Du papier peint nouveau sera collé sur l’ancien à chaque pleine lune. Tu liras autant de livres de science-fiction que tu le voudras. Mais continue d’imaginer ! Ne t’arrête pas en chemin ! Qu’importe, qu’il n’y ait pas d’histoire ! Ce qui compte, c’est le flux. Est-ce que le fleuve sait où il va ? Ton écriture éloigne la catastrophe.

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« Repousse le point. »

C’est de l’écriture qui repousse le point, final.

« Eloigne cette balle fatale. » Que le temps me soit donné. Ne cite pas, impose-toi. Puisque tu es seul, enfin, casse, casse tout ce que tu veux ! Ne les laisse pas t’asservir par leur culture. C’est ton dernier cri. Ils ne sauront pas. Vautre-toi. Tu peux écrire sur les murs, rougir le papier peint de la chambre. Vider, percer, assombrir, rayer ! De la cave au grenier ! Arrache les lattes, déstabilise le globe, arase le parquet jusqu’à l’os. Déglingue le vieux buffet. Jette les petits trains par la fenêtre !

Qu’est-ce que je respecte, enfin ? Qu’on la bâche, cette horreur ! Tuile un, tuile deux - jetées. Comme tu manies bien la masse ! De phrase en phrase, tu t’affermis ! Ce silo à bouteilles ne te résistera pas.

Je l’ai trouvé, le levier. J’appuie de toutes mes forces. Elle bascule, elle vacille, elle s’arrache ! Vois tous ces boyaux à nu. Craquent, blanches ! Tu l’as. Et déjà l’eau s’écoule pour former des petits lacs. Vareuse, wassingue, jetées comme ça dans les orties. En repoussant le point, tu as débusqué plus d’un coquin ! Ah ! « La Reine des Batailles », c’est dans tes veines. Je suis seul, assis sur la maison renversée, dans la nuit infinie, et je file vers cette familière, vers tous ces foyers, ces lampes du soir, que je vais percuter comme un tracteur ! Las ! Grand ! Ephémère !

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