La Punition de l'écrivain est un recueil écrit par Bernard Louis Lallement en 2017.

Il constitue un volume de 52.259 caractères (espaces compris), soit 62 pages A 4.

 

Où trouver ce recueil ?

La Punition de l'écrivain est pour l'instant inédit.

 

ECOUTER UN EXTRAIT AUDIO DE L'UN DES TEXTES

 

PRÉSENTATION 

J'ai trouvé ces monstres magnifiques. (Voilà le fin mot de l'histoire.) Ce recueil, La Punition de l'écrivain, écrit entre 25 janvier et le 11 avril 2017, est né de ma découverte d'un ensemble de phrases injurieuses anglaises traduites en français, les dites traductions étant également transposées en langage phonétique pour des lecteurs anglophones. En effet, au début de l'année 2017, en commençant de vider la bibliothèque de l'un de nos oncles, décédé au mois d'août de l'année précédente, je suis tombé sur un guide de conversation anglais plutôt cocasse : The Insult Dictionary / How to be abusive in five languages (English. French. German. Italian. Spanish.) L'auteur (dont le nom n'est pas mentionné) de ce petit manuel de 128 pages de taille 15 X 19,5 cm, publié chez Wolfe Publishing Ltd, à Londres, en 1966, se propose de traduire en quatre langues européennes des injures anglaises typiques, adaptées à des situations données : au théâtre, chez l'épicier, dans une soirée, à bord d'un bateau, au restaurant, etc. On trouve ainsi 384 "entrées", réparties entre 332 courts groupes de phrases correspondant aux catégories évoquées ci-dessus et 52 gros mots adaptés à tous les usages . En français, comme pour chacune des quatre langues, la présentation est la même. En regard de la formulation injurieuse anglaise d'origine, on trouve sa traduction (ou plutôt son adaptation, en fonction de la culture et des usages de chaque pays) en écriture "normale", typographiée en romain. Et, en dessous, entre parenthèses et typographiée en italique, sa transposition phonétique pour le lecteur anglais, avec cette particularité que les caractères phonétiques internationaux (qui présentent un réel intérêt graphique) ne sont pas utilisés. C'est tout à fait "lisible". Et c'est là que mon intérêt s'éveille, pour ces "monstres" que j'ai découverts avec ravissement : "day zamplwahyay" ("des employés"), ou "an maikarneesyan" ("un mécanicien"), par exemple.

Cette série de vocables barbares m'a enthousiasmé au point d'avoir eu l'idée d'en établir l'inventaire pour constituer un vocabulaire et de tenter ensuite d'écrire un recueil personnel en n'utilisant que les mots contenus dans How to be abusive... L'écrivain serait donc contraint, puni, et devrait se débrouiller pour s'exprimer comme il le peut avec ce matériel linguistique limité.

J'ai donc commencé ma compilation (en utilisant le logiciel "Word") de tous les mots et de toutes les locutions (ou de sections de phrases pouvant former des outils de construction syntaxiques, par remplacement d'unités) que je trouvais au niveau de la transposition phonétique du texte traduit (ou adapté).

En ne considérant que "les mots simples", les mots de base, sans leur combinaisons dans des locutions, je suis arrivé à un total de près de 880 entrées, dont 179 verbes.

Dans le cas des verbes, à chaque fois que j'en trouvais un, je le faisais rentrer à l'infinitif dans la liste et je complétais cette entrée avec toutes les formes conjuguées que je pouvais trouver ensuite.

D'autre part, certains agglomérats de mots (dans leur adaptation phonétique), du fait notamment des liaisons, devenaient des entités en eux-mêmes. C'est ainsi que la locution "pas encore" pouvait apparaître sous la forme "pazankor" - ce dont j'ai fait un nom propre, Pazankor, et qui est devenu le nom de l'un des personnages de l'histoire (interne.)

 

Voilà la genèse du corps du texte de La Punition de l'écrivain. Toutes les pages d'écriture sous contrainte qui composent cette partie centrale du recueil sont présentées en face à face, comme pour une édition bilingue. Le texte en "français normal" se trouve à gauche et le texte équivalent, en "langage phonétique" en regard sur la page de droite.

 

La Punition de l'écrivain commence par le récit du jugement d'un marin qui avait quitté son poste pour voir le déroulement d'une audacieuse bataille navale. Cette scène primitive est rédigée en écriture normale (sans contrainte, puisqu'elle est antérieure à la condamnation de "celui qui a vu ce qu'il fallait voir" et qui allait être désormais "privé de sa langue d'expression".) Dès lors, l'auteur, le narrateur, "l'écrivain", devra se débrouiller, comme il le peut, avec un vocabulaire limité, pour être en s'exprimant par l'écriture. Commence alors une longue remontée des abysses du temps. L'auteur, le narrateur, "l'écrivain", tentera bien d'écrire des histoires, des personnages apparaîtront (Suzette, le Plésiosaure, "le gros patapouf", le croque-mort...) Il cherchera à se remémorer les propres termes de sa condamnation ; mais son vocabulaire limité ne lui permettra que d'établir un texte lacunaire. Rien n'y ferait. Ineluctablement, comme dans une tragédie, l'un des personnages sera assassiné par son rival. Apparaîtra alors un mort effectuant un parcours douloureux dans une barque "conduite par un singe en deuil". Finalement, au terme de la longue remontée des abysses du temps entamée juste après sa condamnation, l'auteur, le narrateur, "l'écrivain", recouvrera sa liberté et l'usage de sa langue d'expression. Il relatera alors les obsèques de son oncle, auxquelles il a participé en lisant le texte d'un poème traditionnel roumain : Les Chants du mort.

 

(4 mai 2017.)

Ce qui peut se traduire par : "Le Dictionnaire des insultes. Comment être grossier, injurieux, en cinq langues : anglais, français, allemand, italien, espagnol".

"A rich list of Hards Words which may used to add piquancy to any phrase you may care to think-up for yourself."

Les Chants du mort, recueillis par Constantin Brailloiu. Traduit du roumain par Jacques Lassaigne et Ilarie Voronca, Collection Poésie et Théâtre, Editions Charlot, 1947. Ces admirables "chants du mort" ont été recueillis dans la province de Gorj (Roumanie). Ces poèmes, qui apparaissent comme de véritables chants rituels, sont tenus pour faire partie des textes les plus archaïques de la littérature populaire roumaine (D'après la présentation de ce recueil). La version abrégée des Chants du mort que j'ai lue correspondait à celle qui est présentée dans le Trésor de la poésie universelle, de Roger Caillois et Jean-Clarence Lambert, Gallimard, Unesco, 1958, pages 57 à 60.

 

 

 

EXTRAIT DU TEXTE

 

Mawr, wee, sher swee.

Dan l'kambwee, wee, sher swee.

Dan lar nwee, wee, sher swee.

Dan zin espays de bartoh, wee, sher swee.

Capeetayn   !

 

An vwayash, wee, sher swee. Dan lar nwee, dan mar nwee,

Kambwee, wee ! Eel yana partoo !

Tool mond ar footil kan !

Sehrlman aveck set espays de sansh an day,mantnan, sher swee.

 

[...]

 

Mort, oui, je suis.

Dans l'cambouis, oui, je suis.

Dans la nuit, oui, je suis.

Dans une espèce de bateau, oui, je suis.

Capitaine !

 

En voyage, oui, je suis. Dans la nuit, dans ma nuit.

Cambouis, oui ! Il y en a partout !

Tout l'monde a foutu l'camp !

Seulement avec cet espèce de singe en deuil, maintenant, je suis.

 

Cf. Les Chants du mort, recueillis par Constantin Brailloiu. Traduit du roumain par Jacques Lassaigne et Ilarie Voronca, Collection Poésie et Théâtre, Editions Charlot, 1947. Ces  "chants du mort" ont été recueillis dans la province de Gorj (Roumanie). Ces admirables poèmes sont tenus pour faire partie des textes les plus archaïques de la littérature populaire roumaine.