Le Réel, la Mémoire et le Temps (Mes représentations graphiques du Plateau) est un recueil écrit par Bernard Louis Lallement en 2016.

Il constitue un volume de 94.534 caractères (espaces compris), soit 52 pages A 4.

 

Où trouver ce recueil ?

Le Réel, la Mémoire et le Temps (Mes représentations graphiques du Plateau) est pour l'instant inédit.

 

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PRÉSENTATION

 

J'ai passé mon enfance dans une "maison située sur la colline". Sur le plateau de Châtillon, précisément, où se trouve le plus haut point situé aux abords de Paris (165 mètres), dans un site qui a eu une identité particulière, et peut-être une destinée, entre 1763 et 1976.

Symboliquement, ce plateau évoquait les falaises de bord de mer et la montagne. Oui, nous étions bien « au sommet du monde », sur cette montagne magique dont l’axe avait été érigé par le duc de Croÿ en 1763, lorsqu’il avait fait bâtir son belvédère sur la glacière de M. Raffard. Axis mundi  qui s'était perpétué de la tour de Croÿ à la tour en bois de François Biret (vers 1890 aux années 30) et jusqu'à la modeste tour en ciment qui lui a succédé.

Posé comme un cube au sommet de cette montagne, le pavillon "des Lallement", opérait lui aussi à la fois comme un appareil photographique (qui saisissait des vues par les ouvertures de ses fenêtres) et comme un lieu de projections intérieures.

Car c'était l'une des caractéristiques du Plateau : de susciter des images.

 

De ce Plateau de Châtillon, où j'ai vécu (entre 1952 et 1973), dont j'ai étudié l'histoire locale (de 2001 à 2017), il me reste à ce jour une série d'images ("Mes représentations graphiques"), des textes évoquant mes souvenirs et mes réflexions, ainsi qu' une documentation considérable qui inclut le Fonds photographique Charles et Roger Lallement. Cette documentation est ordonnée et pourrait servir de base à la réalisation d'un ouvrage de synthèse et, éventuellement, à un "dictionnaire".

"Mes représentations graphiques du Plateau" sont présentées dans la chaîne chronologique d'images du Catalogue du Sol double (2001/2009), ouvrage inédit.

 

Parmi les textes qui composent le recueil Le réel, la mémoire et le temps, les deux derniers sont consacrés au café-restaurant de la Tour Biret, situé à Châtillon. A la fin de l'année 2016, lorsque j'ai appris sa destruction programmée - avec les vestiges de sa glacière du XVIIIème siècle - j'ai tenté de découvrir celle-ci avant sa disparition. Dans un premier temps, cela me fut refusé, ces textes en sont l'écho. Toutefois, j'ai pu la visiter quelque semaines plus tard, grâce à un ami fontenaisien. Il était temps !

 

Pieusement, j'ai ramassé quelques fragments (un morceau de carrelage, des soucoupes, un menu !) qui traînaient dans la glacière et j'ai bien sûr pris des photographies. En y réfléchissant, je me suis ensuite dit que seule mon écriture - mes textes de ce recueil Le réel, la mémoire et le temps, justement -  permettaient de prendre date, d'attester l'étape ultime de l'existence de cet axe du monde qui a coïncidé avec la destinée du Plateau de Châtillon entre 1763 et 1976.

 

Conçu à partir de représentations visuelles, ce recueil n'est donc pas illustré. Il n'est que de texte, c'est un projet littéraire.

Il complète la compilation de souvenirs et de réflexions sur le Plateau qui est présentée dans Paris au ciel et au bord de la mer (Hypallage éditions, 2016).

Directement, ou indirectement, de façon objective ou subjective, mon "appréhension des espaces sensibles"  du Plateau de Châtillon sous-tend toute ma création littéraire depuis 1978, des Pierres et leur poétique à Quelque part.

 

EXTRAIT DU RECUEIL

 

1986 - Le dossier «Labyrinthe» (Planche 22)

 

Ce que je retrouve là, ce sont les toutes premières sensations d'accroche. Lorsque je suis arrivé dans cette maison près d'un cimetière. Autant de fantômes que de gens réels, qui la traversaient. Il n'était pas facile de distinguer. Une semaine, j'avais. Brutal, ce retour à ma réalité antérieure, en ce mois de novembre 1952, sur la commune de Clamart (Seine), dans le pavillon sis au "32, rue du Plateau".

J'appréhendais pour la première fois mon socle.

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J'ai un vieux compte à régler avec le réel. Exister, c'est étirer. Ce n'est pas "hier", c'est mon aujourd'hui. J'arrive dans un déménagement sans étiquettes.

Oui, ils traversaient le jardin, ces groupes de personnages fantomatiques, silencieusement. Je gîtais dans une espèce de barcasse mauve. Mes premières nuits, dans cet ensemble que j'ai dessiné, par la suite, dans mon "Dossier Labyrinthe". Je sentais bien qu'il y avait quelque chose de trouble - aujourd'hui, je dirais : singulier - mais je ne disposais pas d'éléments de comparaison. Tout le monde était ainsi.

Il a fallu y retourner, dans ce miasme, à cette époque préhistorique. Je n'étais pas grand chose, dans ma corbeille de Moïse. "J'ai vécu cela". Lorsque je suis arrivé, que nous sommes sortis de l'ambulance. Qui me portait ? A moins que cela soit mon père qui soit venu nous chercher "à Blomet" ? On avait dû m'emmitoufler jusqu'aux narines. Quelle bise en ce mois de novembre ? "Vite à la maison."

Brouhahas des voix. On me dépose dans mon berceau. Fin du premier acte. Et là, la cataracte d'impressions. En une fraction de seconde, j'ai tout reçu, en vrac, comme les caisses d'un déménagement. Pleurer, semble avoir été la seule parade à ce désastre. Pas étonnant que j'ai "attrapé la crève", depuis deux jours !

C'est dans l'ineffable, tu ne peux pas dire. Tu serais bien présomptueux, de prétendre retrouver, décrire, expliciter, tout ce que tu as ressenti à ce moment-là. Même avec ta documentation babélienne sur le Plateau ! Un musicien ou un poète pourraient peut-être tenter l'coup. Mes rêves sont constants. Ils me parlent, eux, de ces couples de spectres qui traversaient le jardin, en se faufilant entre les colonnes "des ruines".

 

Essayons tout de même, mais dans une langue sans syntaxe, une langue d'enfant qui aurait su parler le jour de sa naissance, d'un monstre qui aurait été capable de conceptualiser avant l'âge de cinq ou sept ans. Plus d'éponge au démarrage. Conscience de clone. Demain, plus de mémoire ?

Quelle forêt de sensations pures faudrait-il traverser ? Mais sans nos défenses, nus comme une strip-teaseuse dont la peau des seins a été usée par les regards. Cloaque vert. Plus un seul recoin à soi. Plus un repli. Bibliothèque, mamours ! Je ne sais pas. "Mais alors, qu'est-ce qui vous arrive ?" Sensation d'abattement, écœurement. De lassitude. Ainsi, nous avions fait tout ce chemin pour rien ? Et qu'est-ce qui reste, aujourd'hui ? Ton verbiage, ta création, n'intéressent personne. Mais cette crainte ! Dites-moi, vous "les gens normaux"... Avez-vous eu froid ? Avez-vous eu peur ? Vous a-t-on laisser appréhender d'un seul coup un univers de roman fantastique ? Quelle est cette crème qui tremble quand on la sert dans une assiette ? Cette gélatine ? Mon ventre, le noir. M'a-t-on laissé une petite veilleuse ? Le premier soir, m'a-t-on plongé brutalement dans une obscurité sans fin ? Ma première "nuit du Plateau". Il chantait à tout rompre. Enfin un chrétien à impressionner ! Car il était bien prévu que j'allais être baptisé, au printemps prochain. On reçoit tout la nuit. "Cinq sur cinq". Fantasmagorie, "Fantasia", Nuit sur le Mont Chauve. La barcasse tanguait. Plus de luciole, plus d'espérance. Le temps, le temps pur à assumer. Heureusement que j'ai découvert le feu tournant de la tour Eiffel, par la suite !

Mais cette première traversée nocturne, au cours de laquelle l'invisible me gravait comme une matrice. J'ai tout senti, le rayonnement atomique, les bribes de légendes de l'Auberge de la Jamaïque, à côté. Tout d'un seul coup. J'étais un Dictionnaire, du Plateau, de Châtillon. Voilà ! Tout dans les caisses irradiantes. Si l'on m'avait pris en photo cette nuit-là, on aurait vu des figures fantasmagoriques entremêlées au-dessus de mon berceau. Gosta Berling ! Et qui dansaient ! Comme de sombres replis mouvants. J'avais si peur ! J'avais la taille d'une crique et l'on m'a fait absorber un continent !

Peu probable que l'on m'aie sorti, le lendemain. "A l'approche de décembre." Je suis toujours là, étirant le fil de ma vie jusqu'à ce vendredi 1er avril, grippé, toussotant, abruti, mais vivace, malgré tout. Il y a maintenant en moi une fontaine magique qui descend jusqu'à la première lueur de ce jour nouveau, sur le Plateau. J'ai gagné en transparence. Mais les voix...

 

(1er avril 2016.)

 

 

Cette rêverie constitue l'argument principal de mon livre Paris au ciel et au bord de la mer, publié aux éditons Hypallage.

Comme la maison de de Esseintes, imaginée sur le Plateau de Châtillon par Huysmans dans son roman A rebours (1884).